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Historiquement, l’Algérie est une création de la France. Au début du XIXe siècle, le pays n’est qu’une juxtaposition de territoires peuplés de tribus hétérogènes (Arabes, Kabyles, Chaouias, Touareg…) et de contrées inhabitées. Ce sont les colonisateurs qui, après les dures guerres de conquête menées jusqu’en 1870, dessinent des frontières, tracent des routes, bâtissent des villes et créent des institutions, conférant une unité à un espace organisé en trois départements français.

A côté des « indigènes » (mot d’époque), l’Algérie devient une colonie de peuplement. Aux habitants venus de métropole s’ajoutent des Espagnols, des Italiens ou des Maltais qui, au fil du temps, acquièrent la nationalité française. Français, les Juifs d’Algérie, eux, le sont depuis 1870. Tous ceux-là, qu’on appelle les Européens, constituent une communauté originale, nourrie par les idéaux de la IIIe République : patriotisme, instruction publique, morale civique, promotion sociale. Les colons proprement dits, parmi eux, ne sont qu’une poignée : moins de 20 000 vers 1950. La plupart sont des citadins dont beaucoup exercent de petits métiers : songeons à l’enfance pauvre d’Albert Camus.

Cette société est mêlée. Européens et musulmans vivent côte à côte, fréquentant les mêmes bancs d’école. Cependant, alors que les élites indigènes aspirent à l’intégration (voir le parcours de Ferhat Abbas), les milieux dirigeants coloniaux sont hostiles à toute réforme politique. Aussi apparaît-il, à côté d’un authentique loyalisme indigène nourri par la fraternité des batailles de 1914-1918 et de 1943-1945, un courant autonomiste qui se transforme bientôt en courant indépendantiste. Le 8 mai 1945, à Sétif, une émeute aboutit à l’assassinat d’une vingtaine d’Européens, drame qui provoque une impitoyable répression. Vers 1950, deux populations coexistent en Algérie. D’un côté 900 000 Européens, citadins en majorité, jouissant de tous les droits de la nationalité et de la citoyenneté. De l’autre 8 millions de musulmans, majoritairement ruraux, et souffrant du sous-équipement hors des trois grandes villes, Alger, Oran et Constantine.

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