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Depuis le 5 décembre, la France connaît une forte mobilisation contre la réforme des retraites. Les manifestations vont bon train tout comme les violences. Les blessés se multiplient du côté des manifestants ainsi que du côté des journalistes. Retour en vidéo sur «un jeudi noir pour la liberté de la presse».

Depuis que le gouvernement a annoncé vouloir réformer les retraites, nombreux sont les Français qui ne sont pas d’accord et le font savoir. Le 5 décembre, des centaines de milliers de manifestants se sont mobilisés: cheminots, avocats, professeurs, infirmiers, étudiants… et journalistes. Plus précisément, certains reporters d’images, peu avant la manifestation, ont voulu dénoncer les violences policières qu’ils subissent lors de la couverture des mouvements sociaux, appareils photo et caméras brandis en l’air.

Un message qui n’est pas passé: cette première journée de mobilisation s’est achevée sur un constat peu glorieux: 25 journalistes ont été blessés, selon le collectif Reporters en Colère. L’un d’eux est le photojournaliste franco-turc Mustapha Yalcin, un reporter qui a plus de 30 ans d’expérience. Il se trouvait place de la République lorsqu’un éclat de grenade le touche à la tête, brisant son casque de protection: les photos montrent le choc de l’impact. Les médecins ont réussi à sauver son œil, mais sa vision ne pourra être complètement restaurée. Il témoigne au micro de Sputnik:

«Je pense qu’à ce moment, la police était dans une situation difficile et a décidé d’utiliser un équipement spécial qui, dans ses caractéristiques, serait comparable à une arme à feu. Malheureusement, cela m’a touché. Je pense que c’était un accident», a-t-il déclaré.

Même s’il déplore un accident, il se dit tout de même «bouleversé» face au silence des autorités françaises. Seuls plusieurs collègues et responsables de l’agence Anadolu, pour laquelle il travaille, le Président Erdogan et des représentants du gouvernement turc lui ont apporté un «énorme soutien», souligne-t-il.

Une autre reporter présente ce jour-là et blessée à la jambe explique elle aussi à Sputnik qu’elle devait être placée au mauvais endroit au mauvais moment, mais elle constate une véritable répression policière à l’encontre des journalistes et des manifestants. Elle préfère d’ailleurs ne pas être identifiable en tant que membre de la presse pour ne pas être visée, souligne-t-elle:

«Au niveau des journalistes, il y en a qui sont visés d’autres pas du tout, mais il y a une réelle répression policière pour toute la manifestation. Parfois, la manifestation se passe bien et les policiers interviennent, donc ça sème la zizanie. Clairement, il y a une volonté d’intimider, que ce soit les journalistes ou les manifestants.»

Une répression policière que dénoncent notamment deux reporters militants, Gaspard Glanz et Taha Bouhafs, que la police accuse de promouvoir la haine anti-police. Dans un tweet du Syndicat Indépendant des Commissaires de Police (SICP), depuis supprimé, les deux reporters sont nommés aux côtés d’autres journalistes: David Dufresne étant «un imposteur», Taha Bouhafs «le menteur», Gaspard Glanz «l’harceleur», le reporter connu sous le pseudo @leGneral2 est «le mytho» et Alexis Poulin est décrit comme «le haineux». Un message qui a été condamné par la Fédération internationale des journalistes (FIJ), qui a publié un communiqué sur le site du Conseil de l’Europe, dénonçant un message «à caractère intimidatoire et diffamatoire

Le 7 décembre, Reporter sans Frontières appelait à la France à respecter le travail journalistique, qui pourrait de surcroît être remis à mal avec la proposition de Jean-Pierre Grand, un sénateur LR. Dans le cadre de la loi «de lutte contre la haine sur Internet», il propose de modifier la loi de 1881 sur la liberté de la presse en ajoutant: «Lorsqu’elle est réalisée sans l’accord de l’intéressé, la diffusion, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, de l’image des fonctionnaires de la police nationale, de militaires ou d’agents des douanes est punie de 15.000 euros d’amende». Le sénateur invoque la sécurité des forces de l’ordre.

En effet, celles-ci se disent épuisées depuis leur suremploi suite à la crise des Gilets jaunes et se sentent de plus en plus menacées: dégradations de commissariats, injures, menaces et agressions à leur encontre se multiplient.

Après un appel de «Black Out» de la part des syndicats policiers pour manifester eux aussi contre la réforme des retraites, près de 1.000 CRS se sont déclarés «consultants», en vue d’arrêts maladie prolongés ce qui a restreint les effectifs des compagnies. Mais après une réunion le 12 décembre avec le ministre de l’Intérieur et Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire aux Retraites, les syndicats ont suspendu leur mouvement. «Il y a des avancées, à partir du moment où un policier est considéré comme policier, il conservera un régime dérogatoire», a ainsi souligné Yves Lefebvre, secrétaire général d’Unité-SGP Police.

Le secrétaire général d’Alliance en est ressorti lui aussi satisfait:

«On ressort de cette réunion assez confiants. Le ministre nous a assuré que le statut spécial sera préservé» a déclaré Fabien Vanhemelryck.

Et si les syndicats de police suspendent leur mobilisation, la CGT, FO, Solidaires, et les syndicats étudiants appellent quant à eux, à «une nouvelle journée de mobilisation interprofessionnelle massive» le mardi 17 décembre.

Source : Sputnik France

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